Fédération des Amicales Régimentaires

et des Anciens Combattants

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lundi 2 mars 2009

Hommage aux Paras du 9ème RCP*

La bataille de souk ahras



 

Le 29 avril 1958, eut lieu sur le massif du Djebel El Mouadjene, la terrible bataille de Souk Ahras qui a duré 3 jours et 2 nuits. où il y a eu 33 morts et 68 blessés appartenant presque tous à la 3ème Cie du 9ème RCP.

Engagé depuis 2 jours dans la poursuite et la destruction des bandes rebelles venant de Tunisie on apprenait dans le courant de l’après midi de cette journée qu’une patrouille amie était accrochée le long du barrage. Une nouvelle opération était alors montée et les Compagnies du 9ème R.C.P. étaient engagées en urgence, en hélicoptères. C’est ainsi que la 3e Compagnie était posée vers 16 heures sur le massif du Djebel El Mouadjene, en flanc garde d’opération.

Hélas, c’est au nombre de plusieurs compagnies que les rebelles étaient arrivés de Tunisie, et la 3ème Compagnie se trouvait, aussitôt s’être posée, encerclée par deux compagnies ennemies. Pour augmenter encore leurs chances et ne reculant devant aucun procédé, les rebelles feignant la reddition se sont approchés, levant les bras pour, traiteusement, donner l’assaut de plus près, manœuvrant au sifflet comme dans la répétition d’une leçon bien apprise. Des combats singuliers se sont alors déroulés au cours desquels toutes les actions individuelles sont devenues des actes d’héroïsme semblables à tous ceux dont a été faite la grandeur de notre pays et le passé glorieux de notre Régiment.

Lieutenant Colonel Buchoud

Extrait de l’ allocution prononcée par le Lieutenant Colonel Buchoud le 5 mai 1958 au cours des Obsèques des Tués des Combats du 29 avril

C’est également ce jour que le Capitaine Beaumont Serge y laissa la vie
(Article fourni par Constant Moïzo)
Ordre du Jour
Officiers, Sous Officiers, Caporaux Chefs, Caporaux et parachutistes du 9e RCP.
5 Mai 1958
Le Lieutenant Colonel Buchoud
Commandant le 9ème Régiment de Chasseurs Parachutistes

Du 28 Avril au 4 Mai, vous venez de gagner la deuxième manche.

Le rebelle avait décidé de franchir le barrage en force. Il a choisi pour appliquer son effort la région de Souk Ahras, la zone qui vous était confiée. En quatre jours, il a réussi à faire franchir le barrage à 7 de ses compagnies et en particulier aux trois compagnies de son 4e Faïlek qu’un des siens définit ainsi dans son carnet de marche, quelques heures avant de mourir : Le 4ème bataillon de choc a quitté Sakiet le 24 avril 1958. Nous avons fait halte. Les sections gardent les crêtes. Les guetteurs sont vigilants. Le 4ème Bataillon de choc doit porter un grand coup aux forces françaises. Aujourd’hui, 5 jours plus tard, le 4ème faïlek est détruit et son chef Latrech Youssef est tué. Actuellement, les 7 compagnies, ayant franchi le barrage ont été aux trois-quarts anéantis. Sur 820 hors-la-loi passés, 620 sont tués ou prisonniers. Les autres, blessés ou dispersés, seront retrouvés dans quelques jours. Il ne vous a fallu que trois jours pour faire cela. Cette victoire dont je tiens à vous marquer l’importance, a été remportée grâce au sacrifice de vos camarades tués, grâce aux souffrances de ceux qui sont blessés, grâce à vos efforts. Soyez en fiers, "soyez en grandis"

Le Capitaine Serge Beaumont
commandant la 3ème compagnie

Témoignage du Lieutenant Chatagno

Vers 15 h, le Colonel Buchoud décide d’investir le djebel Mouhadjen par un assaut vertical du 9ème RCP.

 15 h 30, la 3ème compagnie est posée en 2 rotations d’hélicoptères. L’ennemi ne se manifestera qu’au posé de la 2e rotation. Successivement sont mises en place :
 la 1ère section ( Lieutenant Thierry ) au Nord
 la 2ème section ( Lieutenant Saboureau) au centre
 la 3ème section ( Lieutenant Chatagno ) au Sud
 la section de commandement (Adjudant Verscheure ) entre la 2ème et la 3ème

L’ennemi a tiré sur les hélicoptères, un des appareils a été touché. Très supérieurs en nombre, remarquablement instruits, ces ennemis semblent vouloir se rendre. Ils crient "ma tiri che" (ne tire pas ) et se lèvent, armes à bout de bras. Profitant de la surprise causée par ce stratagème, manœuvrant au sifflet, l’ennemi donne plusieurs assauts à la 1ere section qui subit de lourdes pertes.

Les gars de la 3ème compagnie se ressaisissent et font front avec vigueur. A 600 mètres, d’autres unités fellaghas approchent. L’Adjudant Verscheure fait aussitôt mettre son mortier de 60 en batterie et tire à vue sur ces renforts, mais il a vite épuisé ses munitions. Le Caporal Andrejak met alors en œuvre son canon 57 SR. Repéré, il ne tarde pas à être touché, mais il trouve la force de cacher son arme sous des feuillages avant de mourir.

La présence de nombreuses unités sur le terrain et la proximité du barrage électrifié rendent les liaisons radio difficiles. Pour améliorer cette liaison, le Capitaine Beaumont fait déployer la grande antenne de son poste ; mais il se fait ainsi repérer et reçoit une première balle. Néanmoins, il donne l’ordre à sa 3ème section de se porter en soutien de la 1ère qui se fait déborder. Ne pouvant laisser à l’ennemi le point fort qu’elle tient, cette 3ème section se scinde en deux. Une demi-section se porte vers la 1ere, sous le feu redoublé de l’ennemi.

L’engagement est de plus en plus violent, les pertes nombreuses. Les blessés se regroupent en retrait autour de l’infirmier de compagnie et constituent une nouvelle section où les moins touchés soutiennent leurs camarades plus atteints. Les munitions manquent et les survivants récupèrent les chargeurs sur les morts. Le Capitaine est blessé une 2ème fois, il demande un impossible parachutage de munitions. Le Capitaine meurt !

Ce que voyant, le Lieutenant Saboureau, pour galvaniser les hommes de la Compagnie, se lève et marche à l’ennemi en criant "ressaisissez-vous, nom de Dieu" Alors, des combats singuliers, presque au corps à corps , se déroulent sans coordination et les fellaghas, de plus en plus nombreux, débordent par les ailes et encerclent maintenant la compagnie. On nous tire dans le dos.

Désormais le seul point de terrain où on peut se raccrocher est une zone rocheuse plantée de quelques arbres à trois cents mètres à l’Ouest. S’appuyant sur ce point fort, guidé par le Lieutenant Rouchette, adjoint de la compagnie, les survivants vont tenter une percée vers l’ouest. Au pas, portant leurs blessés, tirant leurs dernières munitions, ils passent. Mais derrière eux, les fellaghas, debout en arc de cercle, les tirent comme des lapins.

Le parachutiste Briskalter se retourne alors, braque son FM, et marche à l’ennemi. Seul, il oblige toute une compagnie à cesser son tir et à se protéger dans les buissons. Conscient de son sacrifice, il va jusqu’au bout, rejoignant par son acte magnifique les plus grands héros de l’histoire militaire française.

Le Lieutenant Rouchette a réussi à entrer en liaison avec une patrouille de chasse et a demandé la neutralisation de l’ennemi. Alors, l’aviation d’abord, puis l’artillerie, vont permettre aux survivants de se regrouper dans l’oued Dekma, et de remettre les blessés entre les mains du service de santé.

Il est 18 heures, la compagnie se bat depuis 15 h 30 . Entre temps, la 2ème compagnie du Capitaine Gueguen avec la section Bechu en tête, a réussi à repousser l’ennemi sur le Mouadjène. Elle donne cette information tragique : aucun survivant n’a été retrouvé sur les lieux du combat. Le bilan est extrêmement lourd. La 3ème compagnie compte 27 morts et 28 blessés. : moins de 40 hommes restent valides.

Dans la nuit, après avoir fait le point avec les rescapés de la compagnie, le Colonel Buchoud a l’intention de récupérer le corps du Capitaine Beaumont et de ses compagnons d’armes.

"Tous les rescapés de l’unité sont volontaires pour repartir avec leur Colonel"

Trois du "9"dont Moïzo à droite

*9ème RCP : créé en 1956, à partir du 4ème Bataillon du 18ème Régiment de Parachutistes de Choc, les autres Bataillons formant le 18ème RCP (Régiments de Chasseurs Parachutistes, plus mobiles et mieux adaptés à la guerre d’Algérie)

 

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